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La légende du pont du diable à Beaugency

Balgencien : habitant de la charmante mais néanmoins brumeuse bourgade de Beaugency.

<<< L a legende du pont du diable à Beaugency - page 1

Un volet qui remue, se dit le diable! se souvenant alors,
qu'il était pour de nombreuses mémères le loisir de journées entières
de contempler les mouches voler, tapies derrière le rideau d'une fenêtre,
d'un volet entrouvert ou d'une meurtrière.

Ces mémères furent et demeurent au fil des âges,
les gardiennes de la bienséance sacrée,
telles d'antiques statues de granit érodé et moussu elles veillent sur la sérénité des nuits Balgentiennes.

Donc notre ami Diable réfléchissait,
et le fait d'imiter Jésus en parcourant les eaux subjugait sa réflexion
Car il n'était pas sans ignorer que cet acte portait sur les nerfs des mémères
et exitait les Ursulines à l'oeil perçant qui,
observent la Loire de leur couvent perché.

Dans un instant de clairvoyance, jaillit dans l'esprit du malin une idée qu'il tint alors pour remarquable.
Ainsi le diable éructa quelques incantations de son cru à travers la brume.

Au matin la brume humide et fraîche se dissipa, révélant un pont
qui enjambait la loire, sous un ciel se sombres nuages.

Les balgentiens s'attroupèrent à l'entrée de l'édifice,
moines, marauds, artisans, notables et malandrins se bousculaient
aux abords de cet ouvrage remarquable qui n'existait pas la veille

Un malandrin s'avança pour l'inaugurer mais fut arrêté net
par une voix de fausset :c'était l'Abbé Barnabé
qui était non seulement lettré, clairsemé, quasi-tondu,
mais avait également de belles lunnettes recouvertes de peau de batracien.

- Halte-là malandrin, s'exclama-t-il !
Ne vois tu, donc pas cette pancarte négligemment posée contre le pont ?
- Millediou! l'avois pas vue, c'étiou que j'n'aviou pas d'si belles lunettes que vious mon abbé!

L'Abbé flatté s'avança prestement de la pancarte, suivit par ses ouailles aussi curieuses que roucoulantes.
l'Abbé Barnabé y décrypta une inscription latine, portée en fines lettres gothiques.
Même avec des lunettes en peau de batracien, c'était pas évident à lire.
qu'il traduisit en prenant soin de laisser les syllabes se détacher dans le vent :
- Gentils Balgentiens, ce pont est pour vous, traversez-le prestement !

A ces mots les balgentiens, dont l'esprit n'était pas moins vif que celui des moutons de Grand-Mère Bérangère,
ne se sentirent plus de joie et se précipitèrent vers le pont, tels un essaim de grosses mouches
apercevant sur un gros fromage oubliée sur le soleil de l'été
.

- Restez ici badeaux! S'écria l'Abbé Barnabé brandissant sa loupe,
qu'il transportait en général pour observer les fourmis.
Je n'ai pas terminé, il y a encore quelque chose d'annoté en caractères liliputiens, là juste en dessous...
(et il poursuivit :) Post Scriptum : En modeste contrepartie à cet ouvrage,
je prendrai la première âme qui s'engagera sur le pont.
Amicalement, le Diable.
à ces mots les balgentiens reculèrent vivement en bèlant indignés : ils ne se sentaient plus du tout de joie.

Bien heureusement l'Abbé Barnabé qui passait pour un esprit vif et agile,
bien qu'ayant une panse fort développée, roula un peu des yeux et sourit d'un air plein de malice.

- Qu'on m'apporte un seau d'eau! Dit-il.

Les balgentiens intrigués par la ferveur de l'Abbé s'exécutèrent.


L'Abbé Barnabé s'empara alors d'un gras matou, dénommé Kroukrou, qui observait tranquilement un pigeon,
L'Abbé saisit le seau d'eau de Loire, verte et pleine d'algue, par le rebord de sa main libre
et en déversa le contenu glacé sur le chat qui s'enfuit sur le pont en miaulant des protestations indignées.

Parvenu au milieu du pont, il s'arrêta et vit,
un Diable, très bien habillé qui le saisit par la peau du cou
et jetant un regard dédaigneux vers les balgentiens il se jura à lui
même qu'on ne le prendrai plus à méditer en marchant sur l'eau.

Alors que le chat se débattait en griffant,
le Diable déclara que Jésus était un crétin et les balgentiens des ânes.
Puis il fit apparaître une trappe à la surface du pont et emmena son chat en enfer.

Depuis, les balgentiens qui connaissent cette légende
traversent le pont d'un pas rapide avec une crainte mêlée de respect.

La trappe n'existe plus, car c'est à son emplacement qu'au XXe siècle, le pont s'écroula.

Si votre chat est turbulent, racontez-lui cette histoire.

Et si par défiance il refusait d'y croire,
emmenez-le se promener au bord de la loire.
Aujourd'hui encore, dès la tombée de la nuit, des dizaines de chats parcourent Beaugency.


Et si l'envie vous prenait, de les suivre, vous constateriez que jamais, ça non, jamais,
un seul d'entre eux ne s'aventure trop prêt... du pont du Diable.



©2000 DreamZ - imprimez cette page et lisez la à votre chat s'il n'est pas sage !
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